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Classe dans la lutte

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Classe dans la lutte

Hélène Borderie

Jean Bothorel dans son atelier photo prise en 1945 par sa femme Renée.

Jean Bothorel dans son atelier photo prise en 1945 par sa femme Renée.

De l'élégance de l'ouvrier. Du chic du travailleur. Les vêtements de travail me semblent depuis si longtemps l’épitome de l'élégance vestimentaire.

Cela pourrait paraitre un cliché, une pose de bourgeoise qui trouverait dans l'intemporalité de l'uniforme une rigueur et un ascétisme de bon aloi, qui préviendrait la faute de gout.

Mais en fait, c'est de l'Amour. Il s'appelait Jean, je m'appelais chat bleu. C'était mon grand-père.

Ses blouses de travail élimées ne dataient pas d'hier. Certaines étaient portées depuis qu'il les avaient étrennées sur les bancs de l'école Boulle dans les années 20. Il avait 14 ans, un sacré coup de crayon, il voulait être graveur. Sa mère avait brodé son nom au fil rouge.

La toile à l'armure épaisse, le col rond, les boutons en bakélite noire, les poches plaquées et cette couleur. Je devrais dire ces couleurs, parce que tout était justement dans ces subtiles variations de bleu. Du marine au Gauloise, assorti aux paquets de clopes qui se consumaient sans fin dans le cendrier sur la table de travail.

Ses manches racontaient toute une histoire. Il y passait soigneusement de temps à autre, comme dans un geste machinal dont il avait à peine conscience, ses tire-lignes et plumes laissant autant de petites scarifications multicolores et indélébiles.

Il était élégant, il était beau. Un véritable aristo des pinceaux et de l'encre de Chine, avec ses mains fines et son profil gominé de star de cinéma muet.

Je lui piquais ses blouses, je m'en faisait des cache-poussière que je nouais avec une ceinture en cuir. Il râlait. Alors j'allais aux puces et dans les surplus de l'armée pour dégotter des combinaisons, pantalons à pont, cabans et autre pulls camionneurs qui grattaient plus que de raison.

Cette manie ne m'a jamais quittée et je soupçonne que c'est de là que vient ma fascination pour le bleu indigo. Bleu royal, bleu prolétaire.

Alors oui, le vêtement de travail est pour moi le summum du chic. Une seconde peau carapace sans fioritures, aux lignes franches et nettes, comme celles du grattoir sur la plaque de cuivre.