5 Avenue Riondet
Hyères, Provence-Alpes-Côte d'Azur, 83400
France

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Art

Sea Of Desire

Helene Borderie

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Texte et photos Hélène Borderie


Une mer de désir. Une toile gigantesque nous l’annonce, nous prévient peut être : attention danger, mer de désir. C’est cette œuvre d’Ed Ruscha qui donne le ton de l’arrivée à la Fondation Carmignac ouverte depuis le 2 Juin sur l’île de Porquerolles. Curieusement elle est noyée dans une mer de verdure, cachée au fond des bois.
Cette «  mer de désir » en évoque immédiatement une autre, celle du grand poète indien Rabindranath Tagore. Dans un de ses poèmes les plus connus, Playthings il décrit cette impossibilité de l’homme devenu adulte, accablé par une quête matérialiste sans fin, d’être libéré de ce désir dévorant qui l’engloutit.

Child, how happy you are sitting in the dust, playing with a broken twig all the morning.
I smile at your play with that little bit of a broken twig.
I am busy with my accounts, adding up figures by the hours
Perhaps you glance at me and think, "What a stupid game to spoil your morning with!"
Child, I have forgotten the art of being absorbed in sticks and mud-pies.
I seek out costly playthings, and gather lumps of gold and silver.
With whatever you find you create your glad games, I spend both my time and my strength over things I never can obtain.
In my frail canoe I struggle to cross the sea of desire, and forget that I too am playing a game.
Sir Rabindranath Tagore, The Crescent Moon (London: Macmillan, 1918)

Déplorer l’art perdu du jeu. Regretter ce bonheur crée par les joies simples de l’enfance, remplacé par l’accumulation des richesses, ce désir de posséder insatiable. Sentir la fragilité et la vacuité de sa lutte pour satisfaire ce désir impossible qui dévore tout. Maintenir le cap sur la mer des désirs dans un bateau voué à sombrer.

 Janaina Mello Landini, Ciclotrama 50 (Wind) 2018 - Photo H. Borderie

Janaina Mello Landini, Ciclotrama 50 (Wind) 2018 - Photo H. Borderie

Un écho que l’on perçoit d’autant plus, que cette fondation est l’œuvre d’un homme, Édouard Carmignac, fondateur et président d’une des plus importantes sociétés de gestion d’actifs française, qui a rassemblé depuis plus de trente ans quelques 250 œuvres du XXème et XXIème siècle dans une collection personnelle, qu’il souhaite désormais partager avec le public. Une fortune colossale, une collection inestimable, une vie passée à faire la fortune d’autres. Une mer de désirs.
On a envie d’y corréler cette propension du collectionneur à tendre vers le subversif, l’iconoclaste, la provocation que portent ces artistes et les œuvres qu’il a choisies.

Au fil des 70 œuvres extraites de la collection qui sont présentées en ouverture, on navigue entre les icônes révolutionnaires que sont Mao et Lénine, peints par Andy Warhol, celles de la féminité, qui s’entrechoquent entre la vénus de Botticelli et la femme idéale de Lichtenstein. Puis viennent ceux qui détruisent les idoles, Maurizio Cattelan dézingue l’institution du musée qui transforme l’artiste en pantin, Jean-Michel Basquiat regarde les anges tomber dans la douleur et aussi un jeune Edouard Carmignac danser frénétiquement.

 Jean-Michel Basquiat, Fallen Angel, 1981 - Photo H. Borderie

Jean-Michel Basquiat, Fallen Angel, 1981 - Photo H. Borderie

La photographie, pour laquelle un prix, dédié au photojournalisme a été crée par Édouard Carmignac en 2009 est bien entendu présente. Elle témoigne d’une société violente qui danse sur un volcan comme dans  les œuvres de Davide Monteleone (Lauréat du 4ème prix Carmignac du Photojournalisme), qui nous montre la Tchétchénie meurtrie par une pacification faite dans la force.
Cette présentation d’une sélection engagée, forte, perturbante par endroits et parfois un peu démonstrative parmi les œuvres du collectionneur est tempérée par le lieu lui même, dépouillé, lumineux et serein. Conçu au cœur de l’île, sur l’ancien domaine de la Courtade, il se cache au creux d’une foret d’eucalyptus et se niche en partie sous terre, pour ne pas modifier ce site protégé, situé sur le Parc National de Port Cros.

Les salles sont vastes, organisées en transept et nef autour d’un chœur. Un écho mystique qui se prolonge dans la visite faite pieds nus, au contact de la fraicheur et de la rugosité d’un sol de pierre, qui nous ancre dans le moment  présent et réveille nos sens, que la torpeur méditerranéenne aurait pu altérer.
Ici point de spots mesquins dont le reflet pourrait perturber la contemplation. De vastes ouvertures sont pratiquées dans les salles, ouvrant le regard vers le jardin ou le ciel qui se couvre d’un filet d’eau apaisant et rafraichissant sur le plafond de verre de la grande salle.

 Fondation Carmignac - Photo H. Borderie

Fondation Carmignac - Photo H. Borderie

C’est d’ailleurs peut être dans la nature, dans le très beau « non jardin » de sculptures que l’on ressent le mieux la communion entre l’île et l’Art. Dans un cadre aménagé, mais finalement à peine changé, tant il respecte les espèces endémiques et la configuration du terrain, on navigue entre cistes, myrtes, oliviers et eucalyptus, découvrant au cœur d’un bosquet les quatre saisons grimaçantes d’Ugo Rondinone ou se perdant dans les méandres d’un labyrinthe de miroirs crée par le danois Jeppe Hein.

 Jeppe Hein, Path of emotions, 2018 - Photo H. Borderie

Jeppe Hein, Path of emotions, 2018 - Photo H. Borderie

Les trois alchimistes de Jaume Plensa, masques de visages enfantins immenses, nous accompagnent à la fin de notre visite. Sereins et majestueux ils évoquent les Moaï d’une autre ile, celle de Pâques. Un autre endroit suspendu dans le temps. L’insularité donne a cette fondation un caractère unique, coupé du réel, ou l’on ne se dédiera pendant le temps de la déambulation qu’à la contemplation.


On a envie de croire, comme Daniel, le héros de Michel Houellebecq, qu’il existe quelque part, au milieu du temps, la possibilité d’une ile et que le bonheur reste un horizon possible.

 Jaume Plensa, Les trois alchimistes, 2018- Photo H. Borderie

Jaume Plensa, Les trois alchimistes, 2018- Photo H. Borderie


La Fondation Carmignac est ouverte tous les jours de Juin à Novembre, de 10h au coucher du soleil.
Réservation en ligne recommandée car un maximum de 50 personnes par demi heure est accepté dans les salles.
L'île de Porquerolles est accessible via les navettes TLV depuis la Tour Fondue à Giens

 


Who are you Dorothy MacGowan?

Helene Borderie

  Photo de l'exposition William Klein à La Villa Noailles 2016 by Hélène Borderie

Photo de l'exposition William Klein à La Villa Noailles 2016 by Hélène Borderie


Texte et Photos Hélène Borderie


Ses tâches de son et ses dents de lapin. Son tout petit filet de voix avec cet accent qui cabosse les mots et les rend drolatiques.

Souvenir d'elle, sublime et hiératique, coiffée d'un casque de cheveux bruns, essayant de se frayer un chemin à travers les hommes qui l'abordent dans les rues de Paris. Elle les rembarre, hautaine, sûre d'elle. Elle est une princesse, convoitée par un prince ténébreux qui se meurt d'amour pour elle.

Qui est elle? Tous la harcèlent pour le savoir, mais n'écoutent pas ses réponses, sa tristesse d'avoir été si souvent prise en photo que son âme lui a été volée. Leurs fantasmes la travestissent : la fille perdue, la jolie idiote, le porte-manteau , la pauvresse attendant son pygmalion, la gamine anodine sortie de nulle part...Insaisissable Polly Maggoo.

Elle est surtout cette jeune fille en pyjama, qui traine au lit et s'enregistre sur son Revox. Une gamine des 60's dans sa chambre de bonne, qui rêvasse. Elle joue;sa vie est un jeu. Son nom est une farce sortie d'une comptine enfantine, un truc impossible à écrire qui ressemble au patronyme d'un vieux marin irlandais. Ça l'amuse Polly en fait tout ce ramdam parce qu'elle sait que ce n'est pas fait pour durer, comme ces robes qu'on lui fait porter. Polly est changeante parce qu'elle sait que ce qui ne change pas finit par mourir. La mode c'est la vie.

La mode l’éjecte? Son prince se trompe de porte? Tant pis Polly rit et redevient Dorothy.

Polly est Dorothy, mais qui est Dorothy?

Agnes Martin, la couleur des sentiments

Helene Borderie


Texte et Photos Hélène Borderie


Fascinante perfection du trait, immensité de la toile. S'absorber dans ce rythme linéaire, ces points blancs parfaitement espacés sur le brun du papier, ces aplats qui se brouillent en leurs bords.

Y reconnaitre la nature à son état brut et ressentir l'espace, la sècheresse de l'air et le poudreux de la terre du désert. S'évader dans cet espace crée et faire résonner la mémoire et les sensations oubliées avec le présent.

Impregner sa rétine de la beauté du travail d'Agnès Martin et en garder une petite trace sur tout ce que l'on regarde, comme lorsqu'on a trop fixé le soleil.

 Agnes Martin Untitled #3 1974 Acrylic, graphite and gesso on canvas  Des Moines Art Center, Iowa

Agnes Martin
Untitled #3 1974
Acrylic, graphite and gesso on canvas

Des Moines Art Center, Iowa

image de couverture : Agnes Martin I Love the whole world 1999 Acrylic paint and graphite on canvas - Tate and National Galleries of Scotland